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N'y touchez pas ! - Les plantes vénéneuses au jardin

Derrière la beauté des plantes se cachent parfois des dangers. Si certains végétaux manifestent, par leurs couleurs vives, qu’il n’est pas recommandé de les consommer, d’autres paraissent rayonner d’innocence. Gros plan sur le poison et le contre-poison en compagnie d’Emke Van Gassen, architecte de jardin.

D’une façon générale, on peut définir les plantes vénéneuses comme étant des plantes dont l’absorption d’une quantité relativement peu importante de graines, de feuilles, de tige, de fruits ou de sève peut occasionner des dommages internes ou externes à l’organisme humain ou animal.

Euphorbia characias ’Humpty Dumpty’: houx.

Les baies peu ou pas vénéneuses

Il va de soi que toutes les baies ne sont pas vénéneuses. Lorsqu’un enfant a absorbé des baies dont on ignore si elles sont toxiques ou non, il est primordial de savoir de quelle plante elles proviennent. Si vous ignorez le nom de l’arbuste ou de la plante, montrez une branche portant les baies à un connaisseur en botanique ou à un pharmacien-droguiste.

Normalement, l’ingestion d’une seule baie n’est pas dangereuse. En revanche, lorsque votre enfant a avalé plusieurs baies, il est conseillé de contacter votre médecin de famille ou le Centre Antipoisons. Si des baies inoffensives peuvent provoquer des troubles digestifs, elles n’entraînent pas d’autres symptômes. Par contre, si votre enfant a avalé des baies dangereuses, le médecin du Centre Antipoisons recommandera de lui administrer du charbon médicinal ou de l’amener à l’hôpital.

Plantes à baies peu ou pas toxiques

Aucuba japonica

aucuba du Japon

Berberis vulgaris

épine-vinette ou berberis

Cotoneaster horizontalis

cotonéaster

Crataegus

aubépine 

Mahonia aquifolium

mahonia à feuilles de houx

Physalis alkekengi

coqueret

Prunus laurocerasus

 laurier-cerise

Prunus padus

cerisier à grappes

Prunus spinosa

prunellier

Pyracantha coccinea

buisson ardent

Sorbus aucuparia

sorbier des oiseleurs

Arum maculatum : le gouet tacheté

Charbon médicinal

Le charbon médicinal ne peut être administré que sur prescription médicale ou recommandation du Centre Antipoisons. Il se présente sous la forme d’une fine poudre, préparée à partir de charbon d’origine végétale.

Cette poudre a la propriété d’absorber les substances toxiques qui se trouvent dans le tube digestif auxquelles elle se fixe. La poudre est évacuée par les selles, ce qui empêche l’arrivée des substances vénéneuses dans la circulation sanguine. Il est à noter que la poudre de charbon médicinal doit être prise le plus rapidement possible après absorption du poison. Elle ne sera administrée qu’une seule fois.

Prévention

On sait que pour les petits enfants, mettre les objets en bouche est une manière de découvrir le monde qui les entoure. D’où l’importance de sélectionner soigneusement les plantes d’intérieur et d’extérieur ou de mettre les plantes à risque hors de portée des bambins.

Des plantes d’intérieur dangereuses telles que Euphorbia, Spathiphyllum et Dieffenbachia doivent être placées à un endroit inaccessible aux enfants. Au jardin, il est conseillé d’éviter Taxus, le cytise faux-ébénier (Laburnum), le gouet tacheté (Arum maculatum) et oleander ou de ne jamais laisser jouer des enfants sans surveillance à proximité de ces arbustes.

Puisqu’il est pratiquement impossible d’éviter toutes les plantes vénéneuses, que ce soit à l’intérieur ou au jardin, il est important d’apprendre aux enfants dès le plus jeune âge de ne jamais mettre de feuilles ou de baies en bouche sans l’autorisation d’un adulte.

Conseil

Etablissez un véritable plan des plantations que vous avez effectué au jardin, ce qui vous permettra de retrouver rapidement des informations précieuses en cas d’accident.

Ilex aquifolium ’Berlicum Beauty’: euphorbe.

D’une importance cruciale

Une personne ayant absorbé des feuilles ou des fruits provenant d’une plante toxique souffrira surtout de problèmes digestifs dont les symptômes sont la nausée, les douleurs abdominales, la diarrhée, le vomissement. Dans ce cas, il est primordial de procéder selon les étapes suivantes :

  1. Retirer les restes de plantes ou les baies de la bouche.
  2. Faites vomir la personne si elle est consciente ou qu’elle ne souffre pas de crampes (pas non plus chez les cardiaques).
  3. Faites boire un verre d’eau à la victime (pas en cas d’inconscience ou de crampes).
  4. Recherchez de quelle plante il s’agit.
  5. S’il s’agit d’ une plante toxique, consultez le Centre Antipoisons ou votre médecin traitant.
  6. Tentez de garder votre calme.
  7. Suivez scrupuleusement la médication prescrite.

L'amanite

Quelques plantes toxiques courantes

Aesculus : marronnier

Toxicité: graines, écorce et feuilles

L’amertume très prononcée explique à elle seule la rareté des cas d’intoxication. Les saponines qu’il contient peuvent avoir localement des effets irritants et provoquer le vomissement, la diarrhée, une forte soif, des rougeurs, des sensations de peur, des maladies nerveuses, la somnolence et même une paralysie respiratoire.

Achillea millefolium : Achillée millefeuille

Toxicité : sous l’influence de la lumière, la sève peut occasionner des irritations cutanées.

Aconitum : aconit

Toxicité : toutes les parties sont vénéneuses, plus particulièrement les racines et les graines. L’aconit recèle un des poisons végétaux les plus violents pour l’homme et l’animal : blocage des muscles, paralysie, douleurs à l’estomac, vomissements, diarrhée, forte sudation, insensibilité, difficultés respiratoires, troubles cardiaques, perte de l’audition et de la vue et même mort par étouffement.

Arum maculatum : gouet tacheté

Toxicité : toutes les parties sont toxiques, surtout les baies rouges. La peau et les muqueuses sont irritées par leurs substances fortes et corrosives. Celles-ci entraînent des rougeurs, des inflammations de l’estomac et des intestins, des saignements des gencives, de l’utérus et des intestins, la paralysie du système nerveux central, un rythme cardiaque ralenti et irrégluier, la dilatation des pupilles, des crampes, le coma et même la mort. L’ingestion des baies peut provoquer une douleur brûlante dans la bouche et la gorge, accompagnée d’une diarrhée violente, de crampes et de convulsions. Il existe des cas dont l’issue est mortelle.

Convallaria majalis : muguet

Toxicité : ici aussi, toutes les parties, y compris la tige, sont toxiques. Les toxines ont un effet sur le muscle cardiaque, le système sanguin et le système digestif. Après ingestion de la plante, la personne peut être prise de vertiges, de vomissements, de nausées, de fortes diarrhées. La prise de grosses quantités entraîne des troubles du rythme cardiaque, une production abondante d’urine, une peau froide et rigide et une pression artérielle élevée. En cas de sur dose, le pouls ralentit, la pression artérielle diminue, une perte de conscience pouvant survenir, suivie d’un arrêt cardiaque. On connaît le cas d’un enfant de cinq ans qui a succombé après avoir bu l’eau du vase dans lequel se trouvait du muguet.

Digitalis purpurea : digitale

Toxicité : Toutes les parties de la digitale sont très toxiques, en particulier les feuilles et les graines. Les feuilles présentent une plus forte toxicité avant la floraison. Le poison peut occasionner des inflammations de l’estomac et des intestins, des vomissements, la diarrhée ainsi que le ralentissement du muscle cardiaque pouvant aller jusqu’à un arrêt du cœur.

Euphorbia : euphorbe

Toxicité : la sève blanchâtre de cette plante peut irriter fortement la peau et provoquer des ampoules et une nécrose de la peau. En cas de contact de la sève de l’euphorbe avec les yeux, le danger de cécité n’est pas à exclure. Après ingestion de la plante, les symptômes suivants peuvent survenir : vomissements violents, salivation abondante, inflammation de l’estomac et des intestins, diarrhée violente et crampes. Les graines sont tout aussi vénéneuses.

Ginkgo biloba : Ginkgo

Toxicité : de fortes irritations cutanées ou des troubles respiratoires peuvent se produire lorsqu’il y a contact avec le bogue, surtout lorsqu’il pourrit.

Heracleum : berce

Toxicité : après un contact de la peau avec de la sève de berce, des irritations cutanées peuvent survenir sous l’influence de la lumière du jour ou d’un banc solaire. Ces irritations deviennent des taches rougeâtres, des ampoules ou même des brûlures. En cas de contact avec la sève, il est conseillé de laver abondamment la peau à l’eau et de ne pas s’exposer pendant au moins une semaine à la lumière solaire. Utilisez en plus une crème solaire à fort indice de protection pendant plusieurs semaines.
D’autres plantes qui occasionnent des symptômes similaires : céleri (Apium graveolens), livèche (Levisticum officinale), angélique vraie (Angelica archangelica), persil (Petroselinum crispum), bergamote (Citrus aurantium ssp. bergamia), rue des jardins (Ruta graveolens) et millepertuis commun (Hypericum perforatum).

Ilex aquifolium : houx

Toxicité : les baies et les feuilles sont vénéneuses. En cas d’ingestion, surviennent des vomissements, de la diarrhée et un état de somnolence. Après l’ingestion de cinq baies, il suffit de boire un verre d’eau. Entre cinq et dix baies, il faut administrer du charbon médicinal. Au-delà de dix, un détour par l’hôpital s’impose. Une dose de 20 à 30 baies de houx s’est révélée mortelle pour un enfant.

Viscum album: gui

Juniperus : genévrier

Toxicité : toutes les parties de l’arbuste sont toxiques. Les huiles essentielles peuvent provoquer des vomissements, des inflammations du tube digestif, une diarrhée sanguinolente, des dommages aux reins, la perte de conscience et même la mort par paralysie générale. Moyen contraceptif.

Laburnum anagyroides : cytise faux-ébénier

Toxicité : une des plantes les plus toxiques sous nos latitudes, surtout les floraisons, les racines et les graines, mais également les feuilles et l’écorce. La cytisine provoque des vomissements, une salivation abondante, une sensation brûlante dans la bouche et la gorge, la diarrhée, des troubles nerveux, l’excitation, des crampes, des mouvements désordonnés, la paralysie musculaire et la mort par paralysie respiratoire. De nombreuses issues mortelles ont déjà été constatées, principalement chez les enfants. L’intoxication peut survenir en mâchonnant les racines ou les tiges et même en buvant le lait de vache ou de chèvre provenant d’animaux ayant ingurgité des parties de cytise.

Prunus armeniaca : abricotier

Toxicité : ingérer en abondance des graines d’abricotier peut entraîner une intoxication à l’acide cyanhydrique.

Solanum tuberosum : pomme de terre

Toxicité : il faut éviter de manger les baies vertes ou mûres, les fleurs, les tiges, les feuilles, les tubercules verts et les germes. La morelle noire (Solanum nigrum) est également une plante très toxique.

Taxus baccata : if

Toxicité : toutes les parties sont toxiques, hormis la chair rouge des pseudo-baies qui poussent uniquement sur les arbustes femelles. La taxine conserve sa toxicité même après cuisson ou conservation. Ce sont les aiguilles qui contiennent la dose la plus élevée de taxine. Le taux de toxicité augmente d’ailleurs avec l’âge de l’arbuste. Autrement dit, les jeunes pousses sont les moins dangereuses. Quant aux graines, si elles sont avalées en entier, elles ne libèrent pas de taxine. C’est à partir du moment où l’on mâche que la substance toxique se libère dans l’organisme, donnant dans un premier temps un effet stimulant. Mais rapidement, ce sont des effets paralysants qui prennent le dessus, frappant le système cardiaque et nerveux de l’homme et de l’animal. La prise de faibles quantités peut entraîner des nausées, des douleurs dans la cage thoracique, des gênes respiratoires, des pertes d’équilibre. L’if contient encore d’autres huiles essentielles responsables de maux d’estomac et d’intestin. Le danger de l’if pour les animaux est réel, en particulier pour les chevaux qui y sont très sensibles. Il arrive que la mort survienne cinq minutes à peine après ingestion, la dose létale pour le cheval étant de 0,5 à 2 grammes par kg de poids corporel. Notons que la taxine est utilisée avec succès contre certaines formes de cancer. On utilise pour ce faire les branches coupées de l’if, après la taille.

Ginkgo biloba: arbre des pagodes.

Thuja occidentalis : thuya

Toxicité : seules les parties au-dessus du sol sont toxiques, les branches principalement. Une huile essentielle, comprenant e.a. le thujon, provoque des inflammations au niveau de l’estomac et des intestins, des crampes, des sensations de brûlure dans les parties génitales, des lésions au foie et aux reins et des troubles mortels du métabolisme. Moyen contraceptif.

Viscum album : gui

Toxicité : la viscotoxine, une substance nocive, se trouve dans les branches et les feuilles du gui. Les baies blanches, collantes, ne sont pas toxiques, mais peuvent provoquer des vomissements et des diarrhées en cas d’ingestion. En cas d’absorption de feuilles et de tiges, la victime peut être prise de vomissements, nausées, diarrhées, somnolence, faiblesses et fièvres. Il faudra lui administrer du charbon médicinal.

Champignons

Dès leur plus jeune âge, les enfants ont appris à se méfier des dangers potentiels des champignons, surtout ceux qui semblent tellement attirants, les rouges avec leurs points blancs. Lorsqu’un enfant a mâchonné ou avalé un champignon et que vous avez des doutes sur sa comestibilité, retirez immédiatement les restes de la bouche et faites-lui boire de l’eau. Conservez les restes et contactez le Centre Antipoisons : l’identification précise est en effet d’une importance primordiale. Si on ne connaît pas l’espèce, le Centre vous donnera les coordonnées d’un mycologue près de chez vous. Ce n’est qu’après identification incontestable qu’un traitement approprié pourra être prescrit.
Le plus souvent, l’enfant n’aura absorbé que de petites quantités du champignon et l’aventure se terminera sans dommages. Selon le temps qui s’écoule entre l’ingestion du ou des champignons et les premiers symptômes de maladie - le temps d’incubation -, on distingue différents types d’incubations. Il faut savoir qu’un temps d’incubation qui dure plus de six heures est le plus dangereux. C’est à cette classe qu’appartiennent les champignons mortels. De six à douze heures après ingestion, des troubles de l’estomac et des intestins font leur apparition, suivis plus tard de lésions irréversibles du foie.
Un bon conseil à donner ou à rappeler aux enfants : ne touchez et ne ramassez jamais un champignon en raison des propriétés toxiques potentielles.

Texte : Emke Van Gassen
Photos : Emke Van Gassen

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