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Une ancêtre éternellement jeune

Quand on demande à quelqu'un de citer le nom d'une fleur, la rose est la réponse la plus fréquente. Cette reine des fleurs a en effet réussi à conquérir le cœur de tout le monde au fil des siècles. C'est une histoire de traditions qui se poursuivent sans fin.

Nous ignorons qui fut le premier passionné de roses, le premier à leur trouver quelque chose de spécial et à se mettre à les cultiver. Il y a de fortes chances pour que ce fût un Chinois ou un Sumérien, à l'époque où le pharaon égyptien Chéops était occupé à sa pyramide, à ce qu'on dit (en fait, il fit construire bien d'autres choses encore: c'était un vrai promoteur). Il y a donc de cela un peu moins de 5 000 ans.

Ce qu'il y a d'étrange, c'est que, depuis lors, on a aussi cultivé des roses dans toutes les régions où elles poussaient naturellement. Pourquoi justement les roses et beaucoup moins d'autres fleurs tout aussi superbes ? Nul ne le sait. On pourrait facilement citer des centaines d'autres plantes au moins aussi belles et en tout cas plus attrayantes (car sans épines). Alors, pourquoi la rose ?

Le ravissement

On connaît une centaine d'espèces de rosiers sauvages (d'Europe, d'Asie et d'Amérique du Nord), dont il existe à coup sûr plus de 10 000 variétés de culture de toutes sortes, de toutes tailles et de toutes couleurs (sauf le bleu). Au cours de l'histoire, il y en a même eu encore bien plus. Les Romains avaient assurément dans leur patrimoine des cultivars de rosiers que nous ne pouvons plus admirer aujourd'hui et la même remarque est valable pour les Arabes, avec leur culture horticole de haut niveau (songez à l'Alhambra, en Espagne). De très anciens poèmes persans évoquent le ravissement dans lequel peut nous plonger la rose. Aucune fleur n'a été décrite et chantée aussi souvent ni avec autant de lyrisme que la rose. Elle a forcément un rapport avec l'amour, avec son parfum suave et ses épines acérées… sauf que le plaisir procuré par la rose dure plus longtemps et qu'elle ne laisse pas des regrets pour le reste de la vie.

L'indispensable greffe

Par nature, presque tous les rosiers ont une durée de floraison assez brève en été, après quoi toute l'énergie est transférée à la formation de cynorrhodons. C'est normal : dans la nature, il faut veiller à perpétuer l'espèce. Cela a changé quand l'homme a commencé à s'en mêler. Ces cynorrhodons ne nous intéressaient pas, nous ne voyions que les fleurs. Celles-ci devaient rester présentes plus longtemps et devenir plus belles. Il est anormal qu'elles continuent à fleurir, comme il est anormal que les vaches et les chèvres donnent perpétuellement du lait et que les poules pondent sans arrêt.

C'est une conséquence de la domestication, de la sélection orientée, une mise à notre main. Les rosiers sont donc en fait apprivoisés. Exactement, par exemple, comme les céréales que nous cultivons comme aliments et qui ne ressemblent presque plus à leurs ancêtres. Mais la sélection (ou domestication) sur un seul point se fait toujours au détriment d'une chose, qui est le plus souvent la force vitale, la résistance aux maladies. Pendant ces milliers d'années d'adaptation forcée, beaucoup de rosiers sont devenus si faibles que, pour ainsi dire, « ils ne tiennent plus sur leurs jambes ». Seuls les rosiers qui sont restés proches de la nature peuvent encore s'en sortir; tous les autres doivent être greffés sur des racines de rosiers sauvages spécialement cultivés à cette fin, pour pouvoir absorber suffisamment de nourriture et avoir encore un peu de résistance. Ils sont devenus des princesses sur un pois, sensibles à tout. En plus, les déviances que nous avions créées étaient entre-temps si anormales que, sans greffe, elles ne seraient jamais restées en l'état comme nous le voulons/le voulions. On ne l'a jamais constaté avec précision, mais il y a des rosiers que l'on bouture et que l'on greffe depuis des centaines d'années. Imaginez-vous : il s'agit en fait toujours de morceaux coupés sur une même plante qui se développe, est bouturée, ces boutures sont greffées, elles repoussent, etc. Des exemplaires très anciens, multipliés de façon végétative depuis des siècles, sans qu'il soit question, pendant tout ce temps, de fécondation, de formation de graines, etc. Peut-être y a-t-il aussi une telle plante « antique » en train de fleurir dans votre jardin…

La sélection

L'homme s'est rendu compte très tôt que le parfum des roses résidait surtout dans les pétales. Et comment, alors, avoir plus de parfum? En augmentant le nombre des pétales. Une variance comme par exemple le doublement des pétales se produit régulièrement dans la nature et nous en avons profité avec intérêt. Les fleurs sont devenues de plus en plus nombreuses et plus grosses. Jusqu'à ce qu'on arrive à ce qu'on appelle les « rosiers anciens », avec leurs gigantesques fleurs bombées au parfum puissant, dont l'impératrice Joséphine, femme de Napoléon, était si entichée dans son château de La Malmaison. Mais ces rosiers attiraient tout ce qui est voué à détruire les roses, notamment le mildiou. Les rosiers n'avaient pratiquement plus aucune résistance contre cette maladie et, sous notre climat plus nordique, humide et peu ensoleillé, surtout, on se lassa rapidement de ces variétés. La réaction ne se fit pas attendre et on se mit principalement à sélectionner en fonction de la résistance aux maladies. Personne n'avait envie de remplacer sans cesse ses rosiers ou de devoir les pulvériser continuellement de toutes sortes de produits, pas plus que d'appliquer d'autres méthodes artificielles. La plupart des rosiers anciens ont disparu dans un coin reculé de l'univers des pépinières et de nouvelles variétés, beaucoup plus résistantes, ont pris le dessus. On a travaillé fiévreusement à cette « amélioration ». Quand on feuillette de vieux catalogues, on remarque qu'on y faisait très souvent référence à la résistance aux maladies. La première chose qui a disparu suite à ce développement est le parfum, mais, comme on ne se souvenait que trop bien de toutes les misères rencontrées avec les maladies, on a estimé que ce n'était pas grave. Ce souvenir s'est entre-temps estompé et un nouvel acteur est arrivé sur le marché : David Austin. Ce pépiniériste britannique fut le premier à réussir à combiner les meilleures caractéristiques de ces roses démodées avec une résistance aux maladies bien meilleure et une durée de floraison plus longue ou même se poursuivant pendant plusieurs mois. Le premier rosier de ce type (que l'on appelle maintenant les rosiers anglais) fut 'Constance Spry' en 1961, mais des dizaines d'autres sont apparus depuis 1969. Presque tous portent des fleurs (très) abondamment pourvues de pétales, il n'y en a pas un qui produise des cynorrhodons et ils ne supportent pas l'ombre, mais résistent relativement bien aux mauvaises conditions climatiques. Depuis que ces rosiers ont été introduits, on a constaté un regain d'intérêt pour les roses. Une tradition millénaire se poursuit avec force.

Des coupoles colossales

Elles aussi, on les voit rarement, car il y a dans nos jardins peu de rosiers pouvant se développer comme ils le souhaitent. La plupart sont sans cesse taillés, ligaturés, etc. Il est d'ailleurs presque impossible de faire autrement, car la taille et le fléchissement des branches sont nécessaires pour obtenir davantage de fleurs et lutter contre les maladies. Cela signifie toutefois que, dans le cas de beaucoup de rosiers, nous ne savons pas du tout à quoi ils ressemblent quand ils peuvent pousser à leur gré. Cela peut être très surprenant, comme par exemple lors d'une visite à Mainau, l'île à fleurs de la famille Bernadotte, dans le lac de Constance (sud de l'Allemagne). On s'aperçoit alors que certains rosiers de parc (un grand type de rosiers arbustifs) se développent là-bas en colossales coupoles campanulées de branches élégamment retombantes. C'est tout à fait différent de ce à quoi on s'attendrait. D'autres rosiers forment de denses masses ressemblant à des ronces et certains, que nous connaissons sous forme de petits arbustes, se mettent à ramper.

Un parfum de pomme

Il y a aussi des roses aux pétales verts parfumés. Ceux de Rosa rubiginosa, par exemple, ont un parfum délicieusement sucré, surtout quand la plante est au chaud, mais il y en a aussi au frais parfum de pomme ou à l'arôme épicé. Et toutes les roses n'ont pas un parfum agréable : il y en a même qui puent véritablement, comme par exemple Rosa foetida. Le nom le dit, d'ailleurs : « foetida » signifie fétide, malodorant.

 

Texte : Rien Meijer
Photographies : Rob Verlinden, Kurt Dekeyzer, Rien Meijer

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